Que dit la loi anti-gaspillage ?

Vous êtes peut-être passés à côté, jeudi dernier était adoptée la loi anti-gaspillage. Si le groupe M6 a bousculé sa programmation la semaine dernière pour proposer une thématique environnementale, ce sujet est resté invisible dans les autres médias.

Après 5 mois d’examen, la loi anti-gaspillage a été définitivement adoptée par le parlement. Il était temps que la protection de la nature soit encadrée par la loi, puisque les initiatives personnelles sont trop rares et donc partiellement inefficaces. Dans les 5 piliers de ce texte on retrouve la sortie du plastique à usage unique, déjà amorcée ; la lutte contre le gaspillage, notamment alimentaire ; l’action contre l’obsolescence programmée ; une thématique sur l’optimisation dans la production ; et enfin l’obligation d’une meilleure information des consommateurs. Revenons donc sur ces 5 thèmes et les délais pour leur mise en application.

Sortir du plastique jetable

sortir du plastique
Se débarrasser du plastique

La loi adoptée le 30 janvier 2020 stipule une sortie du plastique jetable. Pour cela, vous avez sûrement déjà remarqué l’absence progressive des produits à usage unique dans les rayons des magasins. L’état prévoit aussi le développement de solutions de vrac et la fin des emballages en plastique.

Je vous ai ajouté une photo personnelle de ce à quoi ressemblait l’un de mes placard il y a 8 mois. Depuis, j’ai réduit considérablement les produits emballés et je vais continuer dans ce sens.

Je vous invite à découvrir le vrac sans complexe

Savez-vous que les grandes surfaces sont TOUTES obligées d’accepter de vous proposer une solution pour que vous emportiez un produit dans un contenant que vous avez apporté ? Cela est bien entendu soumis aux conditions du vendeur (bocal transparent, propre, possibilité de contrôle …) mais le magasin doit pouvoir vous proposer du « sans emballage » et cela va se démocratiser.

Concrètement, on ne devrait plus être obligés de glisser dans une pochette … en plastique, des produits disponibles en vrac. C’est un bon début. Dans le même sens, si l’on suit les « obligations du commerçant » on devrait aisément pouvoir amener ses contenants aux rayons traiteurs ou « à la coupe » dans nos grandes surfaces.

Peut être participez-vous à la quatrième édition de février sans supermarché ? Si c’est le cas je vous en félicite. A la maison, nous en sommes encore incapables.

Après 8 mois de vrac
Des produits achetés en vrac

Pour rester dans une expérience personnelle, je vous invite à découvrir la photo du même placard que celui présenté plus haut. Pour être tout à fait transparent avec vous, il y a certains produits que nous avons juste transvasé dans des bocaux en verre, car nous avions encore du stock emballés. On n’allait pas le jeter. Mais dans la mesure du possible, nos magasins Biocoop® et L’eau Vive® nous permettent d’acheter à présent tous ces produits en vrac. En cliquant sur les liens, trouvez ces enseignes proche de chez vous.

Lutter contre le gaspillage

Dire qu’il aura fallu une loi pour que les entreprises commencent à se soucier du gaspillage. Le texte prévoit une amende de 15 000 € pour toute entité – même d’achats à distance – qui détruirait des invendus non-alimentaires. Cela incitera certainement à plus de justesse au moment de réaliser les commandes, le stock étant toujours un enjeu problématique dans la grande distribution.

Dans les grandes avancées, on retrouve aussi la vente de médicament à l’unité. En plus de l’enjeu « gaspillage » cela permettra d’éviter l’auto-médication et la circulation de produits soumis à prescription médicale dans un marché parallèle à celui de la santé. En outre, cela évitera à la sécurité sociale de rembourser des médicaments qui ne sont pas prescrits et retournent rarement en pharmacie malgré les préconisations.

La loi propose aussi la fin de l’impression systématique des tickets de caisse. Il serait temps d’y venir. A l’ère du « tout Internet » à quoi sert ce papier imprimé que l’on nous remet à l’achat ? Si des grandes enseignes proposent déjà l’envoi du ticket dématérialisé par mail, cela devrait aussi devenir « la norme » et c’est tant mieux.

Jusque là, pas de quoi bouleverser nos quotidiens en profondeur, mais peut être une prise de conscience progressive de la population, qui n’est pas pour me déplaire.

Agir contre l'obsolescence programmée

C’est encore une fois risible de devoir l’écrire pour que ce soit appliqué. Voilà la preuve que sans répression directe de l’état, les entreprises n’ont pas la vocation d’agir en faveur de l’environnement. A partir de 2021, les produits se verront appliquer un indice de réparabilité, dans le but d’arriver à une indication de durabilité  et favoriser la production de pièces détachées. On avance, lentement, mais c’est un premier pas. Ainsi certaines entreprises ne pourront plus se cacher derrière de grands principes, mais devront prouver la durabilité de leurs produits. 

déchets plastiques
Source : Envoyé Spécial

En parlant de greenwashing, justement, l’étiquetage sera aussi scruté, avec un pourcentage de matières recyclées indiqué et visible de tous.

Si la décision finale sera prise par le consommateur, en fonction du rapport « qualité/prix » il semble que les produits et leurs emballages doivent faire preuve de plus de transparence à présent. Ceci ne va pas être pour déplaire à ceux qui souhaitent se lancer dans une démarche plus durable.

Optimiser la production

Puisqu’il apparaît que « produire mieux » va de paire avec « produire moins » l’état compte étendre la responsabilité des industriels dans la gestion de leurs déchets en créant de nouvelles filières. Même si cet aspect reste flou, il semble qu’une fois de plus, il s’apparente à de la répression avec l’instauration d’un système de « bonus-malus » incitant à respecter l’environnement.

Au 1er janvier 2020, cela se traduit par l’interdiction de la vente des cotons-tiges, gobelets vendus par lots, verres et assiettes jetables ; la suppression du dioxyde de titane dans la production des denrées alimentaire et le bannissement du bisphénol A des tickets de caisse (qui sont amenés à disparaitre).

En ligne de mire, l’état projette une interdiction de la vente de bouteilles d’eau en plastique d’ici 2040. Ça vous laisse quand même du temps pour acheter une gourde 😅 Dans le domaine du vrac, les vendeurs de boissons devraient être obligés de proposer un tarif inférieur à toute personne qui se présente avec son verre personnel. Ne serait-ce pas le retour de « la consigne » qui se profile ? Remarquez tout de même l’ironie du « devraient être obligés » ?

Informer les consommateurs

On en revient au consommateur qui doit faire des choix par lui-même. C’est d’ailleurs de cette responsabilisation que vient l’expression « consom’acteur » que j’aime utiliser. Seulement ce n’est pas toujours aussi simple. Avec un meilleur étiquetage des produits, l’état compte clarifier la situation en ce qui concerne le tri et les garanties légales de conformité en déployant un logo unique pour ce qui est du « recyclable » et en harmonisant les couleurs des conteneurs pour le tri.

Si vous avez des informations sur le délai de mise en place, je suis tout ouïe.

Protéger la planète
© pixabay.com

En attendant, retrouvez les logos du recyclage en vigueur

Loi anti-gaspillage : l'arbre qui cache la forêt ?

Que retenir de cette loi anti-gaspillage adoptée définitivement jeudi dernier ? Il aura fallu attendre 2020 pour entrer dans le 21 ème siècle, enfin dans le texte en tous cas. Comme à l’habitude, de grands discours et des actions limitées. En ce qui concerne la sortie du plastique jetable, bien que cela choque certains, le premier pas a été concluant avec une interdiction formelle de vendre certains objets du quotidien à usage unique. L’obligation pour les marchands physiques de se conformer au vrac n’est pas nouvelle, mais ce rappel vient à point nommé.

En ce qui concerne la possibilité de dématérialiser les tickets de caisse, il n’est pas trop tôt. Mais aucune date n’est évoqué à ce changement majeur et nécessaire. Pas plus d’informations temporelles sur la mise en pratique de l’indice de durabilité pour lutter contre l’obsolescence programmée ou l’instauration du « bonus-malus » incitant les entreprises à respecter l’environnement. Des paroles, des paroles, des paroles ♫ Vous avez dit greenwashing?

En conclusion, on demande aux consommateurs d’être plus responsables, sans leur donner la possibilité de l’être. Il n’est pas exclu qu’on soit obligé de passer beaucoup de temps à consulter les indications que veulent bien nous donner l’industrie pour choisir nos produits. A moins de choisir progressivement de quitter les grandes surfaces, comme le suggère l’initiative février sans supermarché.

Personnellement, j’essaie de faire du mieux possible pour consommer moins de produits commerciaux. Depuis 8 mois, nous achetons en vrac une grande partie de nos produits d’entretien, de soin du corps et alimentaires. Nous sommes encore loin du Graal « 0 déchet » mais nous entrons dans une démarche de plus en plus responsable et durable.

Cet article a été écrit avec pour sources Neozone et le site du ministère de la transition écologique et solidaire. Si toutefois des éléments de compréhension ou des délais de mise en application ont échappé à ma vigilance, je les lirai avec une grande attention.

Et vous, la loi anti-gaspillage impacte-t-elle votre quotidien ? Avez-vous l’impression que c’est une vaste mascarade ? Vous participez à l’initiation février sans supermarché ? On en parle sur la page Facebook Quotidien Durable. On reste connecté !

 

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